Architectes sans frontières - France,
Association de solidarité internationale
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Haiti
Le choix des modes constructifs et des matériaux utilisés pour la reconstruction impacte directement le taux de main d’œuvre locale de l’opération. Cet effet secondaire des choix conceptuels est loin d’être neutre : en effet l’investissement qui va être finalement réalisé en reconstruction représentera une proportion majeure de l’aide hors urgence ; une part trop importante de cette aide ne doit pas repartir en achat de fournitures et de services, au détriment de prestations pouvant être réalisées par des prestataires haïtiens, comme c’est malheureusement le cas lors d’assistances massives.
Réaliser des projets pouvant être majoritairement effectués par des tacherons, des petites entreprises locales, voire les futurs usagers (autoconstruction) au moyen de matériaux locaux ou partiellement transformés sur place, est un gage de redistribution au plus bas (au niveau des ménages).
En sus des coût unitaires acceptables, d’indicateurs mesurant l’utilité sociale des projets proposés, nous pensons qu’il est nécessaire que les opérations de reconstruction puissent également faire l’objet d’indicateurs mesurant la part de ressources bénéficiant directement aux ménages haïtiens et si possibles aux plus défavorisés d’entre eux.
Les modes de construction retenus doivent donc formellement favoriser l’utilisation de main d’œuvre locale et de matériaux locaux ou transformés sur place.
L’existence des « bidonvilles » présents avant et après le séisme est intimement liée à l’insécurité foncière : les terrains sont soit impropres à la construction, soit l’objet de conflits, soit encore loués à leurs utilisateurs. Cette insécurité est la contrainte majeure qui empêche les habitants d’améliorer leur habitat petit à petit.
Le risque d’orienter l’aide sur ces terrains non apurés est évident : investir sur des parcelles physiquement inconstructibles, récupération des opérations par les propriétaires non-occupants, augmentation des conflits…
L’aide à la reconstruction, notamment d’habitat, doit au préalable s’assurer de la maîtrise foncière des zones concernées (quitte à les équiper et les desservir en transport si elles sont trop isolées). Le séisme et l’apport de l’aide peuvent également être un bon moment pour régler d’anciens problèmes (achat, loi, voie contractuelle) mais ne pas traiter le problème aboutira très simplement à une déviation de l’aide vers des populations autres que celles ciblées à l’origine.
Les opérations de reconstruction doivent systématiquement faire l’objet d’une analyse foncière. L’affectation de fonds sur des terrains ne faisant pas l’objet de consensus large (réglementaire ou informel) doit être évitée.
Les opérations d’aide massive sont une cible de choix pour de très nombreux acteurs « professionnels » : politiques, bureaux d’études, marchands, fabricants… qui voient dans cette accélération un moyen d’optimiser des moyens habituellement moins performants. En face, les populations endeuillées, totalement inexpérimentées, ne vont souvent même pas avoir le temps de s’organiser pour être représentées…
Les personnes en charge de l’aide sont elles-mêmes prises dans des contraintes distinctes de l’efficacité ponctuelle à moyen ou long terme : ce sont elles-mêmes des politiques ayant des échéances assez courtes ou des fonctionnaires obéissant à des logiques systémiques (la décentralisation, le développement durable …) sans avoir les moyens de « descendre » à l’échelle du projet et encore moins celle du suivi.
Dans son malheur, Haïti fait, depuis des dizaines d’années, l’objet d’un travail continu par des ONG locales et internationales. Celles-ci avec des moyens dérisoires ont préparé, réalisé des projets issus d’échanges et de réflexions, menés avec les bénéficiaires des projets. Nous devons profiter de ce tissu pour articuler l’aide au mieux des besoins des populations les plus déshéritées, des jeunes, des femmes…
L’efficacité de l’aide passe par une identification approfondie des acteurs locaux, de leurs besoins et de leurs capacités.
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