Architectes sans frontières - France,
Association de solidarité internationale
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Haiti
des besoins en logements, équipements, infrastructures et services essentiels … pour un habitat décent et sûr, une ville accessible à tous.
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GROUPE DE TRAVAIL ouvert : GRET, Architectes Sans Frontières, Architecture Sans Frontières International
Les diagnostics récents, font état de plus de 500 000 sans abri et de plusieurs milliers de constructions diverses détruites ou fortement endommagées : des édifices en béton, des bâtiments du patrimoine, de l’habitat précaire dans les quartiers populaires, des équipements. De nombreuses infrastructures sont instables et les réseaux d’eau potable primaires et secondaires sont rompus. L’électricité, le pétrole manquent pour les activités essentielles …
Déjà, l’analyse technique des bâtiments stratégiques par Architectes de l’Urgence a pu rendre opérationnels des hôpitaux et la centrale électrique. Les camps des réfugiés s’organisent. Parallèlement à l’action d’urgence, nos questionnements et suggestions s’orientent vers une reconstruction durable. Elle supposera d’approfondir les premiers diagnostics pour déterminer des priorités et proposer des solutions.
Assurer l’accès en eau potable et l’assainissement est une priorité. Dans ces domaines le dispositif qui préexistait à la catastrophe appuyé par le Gret depuis 15 ans démontre son opérationnalité. Les acteurs principaux en sont la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (Dinepa), l’autorité publique responsable et le réseau des comités dlo présents dans les quartiers populaires, gestionnaires de bornes fontaines alimentées par la Camep fonctionnant aussi comme des organisations de quartier reconnues par les habitants. Une structuration à l’échelle de la ville en Rézodlo des comités était en cours. Un dispositif d’alimentation des bornes fontaines et points d’eau non endommagés peut être mis en place dans un premier temps. Les comités pourront aider à identifier les besoins et l’état des infrastructures et gérer la distribution auprès des populations. A plus long terme, ce dispositif doit être appuyé et renforcé, avec un rôle accru des collectivités locales sous la direction de la Dinepa.
L’acte de construire collectivement fédère les populations traumatisées et les mobilise vers un futur plus sécurisé. Il ne peut être entrepris qu’avec les organisations de quartiers, les acteurs sociaux etles acteurs de la petite économie déjà appuyés avant le séisme par des projets sectoriels ou territoriaux de développement (GRET, ATD Quart Monde, Aide et Action, Scouts… qui seront des partenaires privilégiés).
L’habitat des plus pauvres est en général autoproduit à force d’économies et de sacrifices et équipé sommairement. Il concentre l’essentiel de l’épargne et du patrimoine des familles. De qualité médiocre, bien souvent établi dans des zones à risques, il est d’autant plus vulnérable. Le traumatisme du tremblement de terre offre l’occasion de sensibiliser, d’éduquer, de diffuser des précautions simples pour les constructions intégrant les risques sismiques mais aussi anticycloniques, affaissement de terrains, inondations etc. Les importants moyens financiers de l’aide internationale peuvent permettent de stimuler et soutenir fortement une économie de la reconstruction, employant et rémunérant les habitants associés à des équipes d’artisans formés, ainsi que tous les petits métiers contribuant directement ou indirectement à cette économie. La réalisation d’équipements collectifs (santé, orphelinat, maison d’accueil, pont, etc.) peut se faire parallèlement à l’organisation de chantiers d’habitat en auto construction et faciliter l’adoption de techniques de construction simples déjà éprouvées. Mais ces opérations doivent être préparées avec soin, tant sur les plans fonciers, financiers que techniques pour répondre à une qualité architecturale utilisant des matériaux disponibles localement, des coûts de construction limités et des modalités de financement accessibles à tous. Il convient aussi de s’interroger sur les modes de mises en œuvre et de suivi d’anticiper et de contrôler les détournements des bénéfices de la reconstruction au détriment des plus démunis, qui renforceraient les ségrégations préexistantes.
L’approche territoriale implique un pilotage des autorités locales, pour programmer la reconstruction et planifier le développement local avec les sections communales CASEC reconstituées, face à la catastrophe : assurer l’écoute, l’accueil et la sécurité, évaluer les besoins et les ressources, recenser sur le terrain les dynamiques des habitants organisés ou non et coordonner les actions sectorielles et complémentaires des divers intervenants, vérifier la cohérence avec les stratégies nationales, interpeller les décideurs et responsables politiques sur la nécessité d’une reconstruction équitable, plurielle et non discriminante. La responsabilisation des pouvoirs décentralisés à Haïti en matière de reconstruction aura un impact sur l’efficacité dans la conduite des chantiers, sur les pratiques de gouvernance et de démocratie locale, sur la mise en place d’un système de gestion et de maintenance des infrastructures et équipements urbains associant les usagers. La coopération décentralisée constitue à ce titre un cadre privilégié pour agir.
Réaménager, reconstruire, sera certainement le moment pour restructurer la trame des quartiers denses et précaires, mieux orienter les extensions urbaines, retracer des voies de desserte nécessaires à la mobilité des personnes, relancer l’activité économique, s’assurer du drainage des eaux pluviales, l’évacuation des déchets, enregistrer progressivement des attributions foncières, sources de conflits, point sensible aiguisé par l’urgence, élaborer des schémas d’aménagement urbains. La situation foncière antérieure au séisme était particulièrement complexe. Elle risque de l’être encore plus en raison des occupations de fait, dont certaines sont désormais détruites et de l’effondrement de la Direction des impôts qui s’occupait des titres de propriété. Cela peut également être une opportunité dans le sens de la prise en compte, dès l’amont, de la nécessité et des modalités possibles de sécurisation des statuts d’occupation des habitants, ce qui pourrait agir comme une forme de compensation face à l’immensité des pertes subies.
Ces activités demanderont de mettre à disposition des acteurs locaux un service d’aide à la décision pour la planification, la conception et le suivi des projets.
La démarche développement durable intègre la prévention des risques, mais aussi le renouvellement de l’énergie (lampadaires solaires, par exemple), le recyclage des gravas (les décombres évacués peuvent être utilisés en gabions, pour des murs de soutènement, stabiliser les ravines, etc.), l’accessibilité des personnes handicapées, autant de mesures qui, si elles sont pensées suffisamment en amont, peuvent être intégrées à moindre coût dans le cadre d’une reconstruction.
Coordonner des réseaux d’appui et d’expertise dans la sous-région. Reconstruire est un acte coûteux et long, un investissement sur le long terme autant que la réponse à des besoins immédiats. Le renforcement des capacités en expertise locale est une occasion de créer ou d’améliorer des échanges et des solidarités dans la sous région… Des équipes techniques et municipales, des services de collectivités locales, des centres de ressources et de formation impliquant la Martinique , la Guadeloupe, Saint Domingue, Cuba…, comme cela se passe déjà dans la phase d’urgence, peuvent être mobilisés et soutenus dans le cadre de la reconstruction d’Haïti. Cela peut déboucher sur la construction de savoirs spécifiques appliqués à la gestion de catastrophes naturelles, la prévention des risques (systèmes d’alerte et de sécurisation …) ou toutes formes de connaissances en reconstruction et prévention susceptibles d’être capitalisées et partagées entre les territoires de la sous région.
Le 23 janvier 2010
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