Architectes sans frontières - France,
Association de solidarité internationale
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Haiti
Objet : Reconstruction en Haïti
Monsieur le Président,
À l’occasion de votre déplacement en Haïti ce mercredi 17 février, les ONG françaises de solidarité internationale, d’urgence et de développement œuvrant suite au séisme du 12 janvier dernier attirent votre attention sur leurs préoccupations relatives à la gestion de l’urgence et la reconstruction du pays.
Quatre sujets nous interpellent tout particulièrement : la persistance des besoins d’urgence un mois après le séisme, la question de la souveraineté nationale au cœur de la reconstruction, l’accumulation de dettes exceptionnelles par un pays fragilisé économiquement et la situation du secteur rural mise à mal tant par les conséquences du séisme – zones sinistrées, déplacement de populations – que par la mise en œuvre
d’accords de partenariat économique mal adaptés et contreproductifs. Vous trouverez ci-annexé un document détaillant nos positions communes.
Les ONG françaises de solidarité internationale demandent que la France porte ces messages en Europe et au sein de la communauté internationale. Nous vous appelons, Monsieur le Président, à prendre en compte nos préoccupations dans le cadre de l’élaboration de la position globale de la France face à la situation haïtienne. Il en va d’une réponse cohérente, adaptée et respectueuse de la souveraineté du peuple haïtien.
Jean-Louis Vielajus Président de Coordination SUD
Paul Vermande Président du Collectif Haïti de France Coordonnateur de l’Espace partenariat franco-haïtien
Copie : Monsieur Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes Monsieur Alain Joyandet, secrétaire d’État à la Coopération Monsieur Pierre Duquesne, Ambassadeur, responsable de la Mission intergouvernementale pour la reconstruction d’Haïti
Pour une reconstruction cohérente, adaptée et respectueuse de la souveraineté du peuple haïtien
1. Poursuivre l’action humanitaire tant que les besoins immédiats de l’ensemble des sinistrés ne sont pas couverts
Étant donnée l’ampleur des destructions, la période de transition sera longue, avant que la reconstruction n’offre des perspectives durables aux Haïtiens qui se retrouvent sans abri ni ressources. Près d’un million de personnes ont été déplacées en raison du séisme et aujourd’hui, la phase d’urgence n’est pas terminée car les besoins essentiels ne sont pas encore couverts. L’action humanitaire doit s’intensifier et se poursuivre pour que tous les sinistrés aient accès à l’eau, à l’alimentation, à de meilleures conditions d’hygiène et puissent être abrités correctement à l’approche de la saison des pluies. La situation des blessés et personnes handicapées, leur accès global à l’aide et à des soins rapides et adéquats demeurent des sujets de préoccupation. _ Les besoins de l’ensemble de la population sont massifs, et la réponse humanitaire doit s’efforcer d’y répondre sans exclure les besoins spécifiques des plus vulnérables. Par ailleurs, la réorganisation et la reconstruction des infrastructures de santé et de prise en charge doit dès aujourd’hui retenir l’attention, le suivi des victimes du séisme s’annonçant particulièrement exigeant.
2. Reconstruire dans le respect de la souveraineté du peuple haïtien
Il est primordial que la reconstruction soit conduite par les Haïtiens. Les acteurs locaux doivent prendre part à toutes les étapes des processus de décision et être placés au coeur de la gouvernance générale de l’aide, sous l’égide des Nations unies. Il est également impératif que la société civile soit reconnue comme un acteur incontournable de la réflexion menée par le gouvernement haïtien et la communauté internationale, pour bâtir le futur du peuple haïtien, et proposer des alternatives démocratiques viables.
3. Annuler les dettes exceptionnelles d’Haïti : un devoir de la communauté internationale
Alors que le pays se retrouve fragilisé économiquement, l’annulation immédiate des dettes exceptionnelles d’Haïti est un devoir de la communauté internationale. Nous souhaitons porter cet appel auprès de tous les principaux partenaires commerciaux d’Haïti, tels que les États-Unis, l’Union européenne et ses États membres, mais aussi auprès des institutions financières internationales, telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine de développement. Pour rappel, les créanciers du Club de Paris ont rappelé le 19 janvier dernier leur engagement de juillet 2009 à annuler la totalité de leurs créances sur Haïti, et ont appelé les autres créanciers bilatéraux d’Haïti à annuler la dette de ce pays.
4. Protéger et relancer le secteur rural, pilier de l’activité économique du pays
Le secteur rural, au coeur de l’activité économique du pays, est un domaine clé de la reconstruction. Les Accords de partenariat économiques (APE), récemment signés avec l’Union européenne, maintiennent le pays dans un état de dépendance, et vont à l’encontre
du développement d’une agriculture locale qui permettrait de subvenir aux besoins alimentaires de la population haïtienne d’une part, et de générer des richesses d’autre part.
Face aux zones sinistrées et à l’afflux de populations déplacées, il devient également urgent d’approvisionner localement la population en aliments de base et de s’assurer que la production vivrière sera maintenue. L’activité économique en milieu rural doit être relancée
rapidement.